L’assureur santé Alan a été retenu, aux côtés d’Allianz, pour gérer la complémentaire santé des quelque 150 000 salariés de la Sécurité sociale entre 2027 et 2032, un marché évalué à 3 milliards d’euros au maximum, selon des sources internes citées mercredi 28 octobre par l’AFP, qui confirment une information des Échos. L’attribution, contestée par les syndicats, n’a pas encore été notifiée officiellement.
Un marché public de six ans et 360 000 bénéficiaires
Le contrat concerne les agents des organismes du régime général, notamment ceux des Urssaf, des caisses d’assurance maladie et des caisses d’allocations familiales. En incluant les ayants droit et une partie des anciens agents, il couvre 360 000 personnes, selon l’Union des caisses nationales de sécurité sociale (Ucanss), qui représente l’employeur. Sa valeur est estimée à 3 milliards d’euros au plus sur six ans.
Créé en 2008, ce contrat collectif était jusqu’à présent porté par trois acteurs historiques de la protection sociale : AG2R La Mondiale, Malakoff Humanis et Aésio. Interrogée par l’AFP, l’Ucanss n’a ni confirmé ni démenti l’attribution, indiquant que « le marché n’est pas encore officiellement notifié, il le sera d’ici 15 jours ». La direction d’Alan n’a pas souhaité commenter.
Une procédure d’appel d’offres contestée
Le mode de sélection a changé pour cette nouvelle période. Jusqu’ici, l’organisme assureur était désigné par un comité de pilotage associant l’employeur et les syndicats. Cette fois, l’Ucanss a lancé un appel d’offres public, sur l’avis des services juridiques de Bercy et contre celui des partenaires sociaux, selon l’AFP. Quatre candidats se sont présentés.
Les représentants patronaux et syndicaux ont refusé à l’unanimité d’attribuer le marché à Alan, estimant que les conditions d’évaluation n’étaient pas satisfaisantes. Force ouvrière a jugé que le niveau d’objectivité de l’analyse « semblait insuffisant ». Par un arrêté du 19 octobre, le gouvernement a alors suspendu les pouvoirs de la commission des marchés et nommé une administratrice provisoire, qui a tranché en faveur d’Alan, d’après les mêmes sources. Les syndicats boycottent depuis la mi-octobre les instances de dialogue social de l’Ucanss.
Leurs critiques portent sur le modèle de la société : absence de véritable accueil physique, recours à la sous-traitance et hébergement des données chez Amazon, ce qui les exposerait selon eux aux lois extraterritoriales américaines. La CGT, par la voix de Cécile Velasquez, dénonce « le mépris complet des partenaires sociaux ». Sollicité, le ministère de la Santé n’a pas répondu à l’AFP.
Un signal pour les start-up face à la commande publique
Pour Alan, assureur santé entièrement numérique, ce contrat marquerait une entrée dans la protection sociale complémentaire d’un grand employeur public, un secteur où les mutuelles et les groupes paritaires occupent traditionnellement une place centrale. L’insurtech avait levé 480 millions d’euros en juin 2026, avec le soutien du fonds Prosus, pour une valorisation de 5,5 milliards d’euros, selon Maddyness.
Au-delà du cas d’Alan, le dossier illustre les possibilités ouvertes par la mise en concurrence de marchés jusqu’ici attribués au sein d’écosystèmes établis. Il rappelle aussi qu’une victoire sur un appel d’offres public peut s’accompagner d’un examen approfondi des choix technologiques, notamment en matière d’hébergement des données et de souveraineté. La notification officielle, attendue d’ici la mi-novembre, permettra de connaître les modalités précises du partage du contrat entre Alan et Allianz.




