Les petites et moyennes entreprises françaises obtiennent toujours très largement les crédits d’investissement qu’elles demandent, mais l’accès au crédit de trésorerie reste plus difficile, selon le rapport 2026 de l’Observatoire du financement des entreprises publié lundi 26 octobre par la Banque de France.
Un crédit d’investissement presque toujours accordé
L’Observatoire, présidé par la médiatrice nationale du crédit et qui réunit organisations patronales, banques, Bpifrance, experts-comptables, Insee et Banque de France, dresse un constat en deux temps. D’un côté, le financement bancaire reste « assuré ». Au deuxième trimestre 2026, 96 % des PME et 98 % des ETI qui ont sollicité un crédit d’investissement l’ont obtenu en totalité ou à plus de 75 %. Une PME sur cinq a fait une telle demande sur la période.
Les taux ont également aidé : entre fin 2024 et fin 2025, le coût des nouveaux crédits aux PME a reculé de 61 points de base. Le rapport signale toutefois une légère remontée du coût du crédit depuis le début de 2026, ainsi qu’un nouveau resserrement des conditions d’octroi relevé par les enquêtes européennes auprès des banques et des entreprises.
La trésorerie, point faible des petites structures
Le tableau est moins favorable pour le financement du quotidien. Seules 6 % des PME ont demandé un crédit de trésorerie au deuxième trimestre, et 83 % d’entre elles l’ont obtenu, contre 93 % pour les ETI. Les enquêtes de terrain confirment cette tension : selon Bpifrance, 16 % des dirigeants de PME déclaraient au premier semestre 2026 des difficultés à financer leur exploitation, deux points de plus qu’au semestre précédent et davantage qu’avant la crise sanitaire. Parmi les dirigeants interrogés par l’organisation Les Entrepreneurs ayant recouru à un crédit de trésorerie, 55 % jugent son accès difficile.
Paradoxalement, les réserves ont plutôt progressé. La trésorerie médiane des microentreprises atteint 64 jours de chiffre d’affaires en 2025, contre 61 jours un an plus tôt, soit un quart de plus qu’en 2019. Elle se maintient autour de 50 jours pour les autres PME. Mais la médiane masque de fortes disparités, et la qualité des signatures se dégrade : la part des PME bénéficiant des meilleures cotations de la Banque de France est passée de 66 % en 2022 à 58 % en 2025, et la proportion d’entreprises très fragiles augmente pour la cinquième année consécutive, notamment dans le transport.
Une activité qui ralentit
En toile de fond, la croissance reste molle. Le chiffre d’affaires des PME hors microentreprises n’a progressé que de 1,5 % en 2025, loin de la moyenne de 4,2 % observée entre 1997 et 2019. Point positif, la moitié des PME a vu son taux de marge se dégrader en 2025, contre 55 % l’année précédente. Le rapport consacre par ailleurs un chapitre aux effets de la crise au Moyen-Orient, via la hausse des prix de l’énergie et du carburant.
Ce que les dirigeants peuvent faire dès maintenant
L’Observatoire met en avant la Charte de confiance lancée le 10 février 2026 par le ministère chargé des PME, qu’il qualifie de démarche « collective et novatrice ». Ses signataires, parmi lesquels la Fédération bancaire française, des assureurs-crédit, l’Ordre des experts-comptables, les CCI, les chambres de métiers, la CPME et l’U2P, s’engagent à alerter et orienter les chefs d’entreprise dès les premiers signes de fragilité. Pour un dirigeant de TPE ou de PME, plusieurs réflexes en découlent :
- Bâtir un plan de trésorerie prévisionnel à trois ou six mois et le mettre à jour chaque mois ; la Banque de France met des outils de pilotage gratuits à disposition des dirigeants.
- Anticiper la demande de crédit de trésorerie plutôt que de la déposer en urgence, en préparant un dossier chiffré avec son expert-comptable.
- Saisir la Médiation du crédit en cas de refus ou de réduction d’une ligne de financement. Selon le rapport, environ 60 % des dossiers éligibles aboutissent à une solution ; au premier semestre 2026, 86 % des demandes venaient de TPE et 2 594 emplois ont été préservés dans 231 entreprises.
- Ne pas rester seul avec un prêt garanti par l’État difficile à rembourser : fin février 2026, 16,1 milliards d’euros de PGE restaient à rembourser, et 58 % des 1 738 dossiers de restructuration traités par la Médiation ont abouti à un accord.
- Solliciter la Médiation des entreprises pour les autres litiges, notamment avec un client ou un fournisseur.
Côté fonds propres, le rapport rappelle enfin que Bpifrance a accompagné 599 entreprises en 2025 via son offre dédiée aux petites capitalisations, pour 2 milliards d’euros investis.




